Après la traversée des Etats Unis (Coast to Coast USA) en octobre 2010

Après la traversée des Etats Unis (Coast to Coast USA - 4.800 km) en octobre 2010,

Jean Michel MONOT (Tahiti) repart pour une nouvelle aventure

mais accompagné cette fois-ci de quatre compagnons d’échappée

René SABATIER (Tahiti) - Richard MARTIN (France) - Frédéric FOUCHER (Moorea) - Jean-Pierre LE LOCH (Tahiti)

vendredi 27 janvier 2012

Authentique (23 janvier)

Lundi 23 Janvier : Cochrane à "quelque part" dans un refuge avant Tortel

Une Journée Authentique !

Tard dans la matinée, nous quittons Cochrane. En effet, nous devions obtenir quelques renseignements avant de nous enfoncer plus au sud : horaires de bateaux, kilomètres restants à accomplir avant Villa O'Higgins.  Jean Michel, lui, passe deux bonnes heures pour saisir nos écrits sur notre blog ; pour l'écriture, nous nous relayons à tour de rôle. Mais nous nous apercevons rapidement que, dans ce grand sud, ces notions deviennent relatives et qu'il nous faudra donc nous adapter !



Une longue montée où souffle un vent violent de face nous rappelle vite que notre périple est loin d'être terminé. Durant quatre heures et demi nous peinerons contre ces rafales de vents bien plus obstinées que nous, sur une piste caillouteuse sans espoir de repos ! Seule la beauté des eaux "bleu roy soutenu" du lac que nous longeons sur notre gauche viendra soulager notre peine. La route longe le lac ; nous avons la montagne sur notre droite et au loin les cimes enneigées. Merveilleux.


Nous arrivons ensuite sur un plateau qu'aucun cour d'eau ne traverse. René, parti avec une réserve d'eau trop limitée, souffre de la soif ; nous répartissons nos réserves pour qu'il puisse boire. Nous n'irons pas très loin dans ces conditions ; il est bientôt 18h ; nous avons déjà bien roulé ;  ils nous faut improviser un camp pour la nuit. Au bas d'une descente vertigineuse apparaît un petit vallon et au centre sa rivière. René, assoiffé, se précipite pour remplir ses gourdes. Nous le réprimandons car la violence du débit pourrait l'emporter. Il ne nous écoute pas (têtu comme un breton de Marseille !) et dans de l'eau jusqu'aux genoux, il abreuve sa soif. 



Un panneau de bois attire notre attention : "REFUGE 3,5 Km".  Un petit sentier s'enfonce dans des bois.  Un rapide calcul de notre situation nous incite à suivre ce sentier. Nous passons de l'enfer au paradis. Vaches, veaux, chevaux et oies locales nous regardent passer dans une quiétude qui nous apaise. Peu  de passage dans cette région ! Quel bonheur... Le vent est tombé. Une dernière bosse et nous descendons maintenant sur un coteau verdoyant avec, derrière son enclos de bois, une ferme.





Sa propriétaire vient vers nous et nous demande si nous cherchons l'hospitalité. Nous lui parlons du refuge indiqué plus bas; elle semble ravie de nous montrer une petite maisonnette en contre bas. L'aménagement de cette demeure est sommaire, mais ô combien bienvenue après cette longue journée. Seul un poêle à bois avec sa réserve trône au milieu. Voici tout ce que nous avions besoin ! Nous aurons chaud ce soir sans avoir à monter nos tentes ! Ce lieu est magique, la verdure de ces coteaux descendants sur la rivière en fait un havre de paix et de calme. Fred, comme à son habitude, mitraille les lieux de son appareil photos et "hurle" son traditionnel "c'est énorme" ! Mais même ce mot n'étant pas assez puissant pour décrire ce que nous ressentons ; il nous éblouira d'un "c'est ènormosaure!" suivi d'un "radical énormosaure" de Jean Michel. Les glaciers qui nous entourent apportent une atmosphère encore plus irreelle.

René découvre des griottes rouges, mais acides bien sur. C'est décidé : ce soir au dessert compote de cerises cuites sur le four à bois. Richard sans comprendre ce qui lui arrive se retrouvera avec une casserole dans les mains et une mission : la remplir de griottes ! Il est heureux et ça se voit. René, gourmand, a déjà trouvé du sucre, il ne manque plus rien pour ce dessert improvisé.


Jean Michel, notre négociateur, est chargé d'essayer d'améliorer notre repas du soir en essayant d'acheter quelques produits frais de la ferme.
Il reviendra avec une surprise : une invitation à la table de ces braves gens.
Nous faisons la connaissance de Nelson, le fermier, de son épouse et de leur fille Daria en vacances scolaires. Leur maison nous rappelle celles de nos grands-parents ; nous faisons un retour de 50 ans dans le passé. Une merveille ! Les souvenirs remontent... Nous échangeons facilement avec Nelson, prolixe et intéressé. Une "cervesa" viendra en guise d'apéritif bien mérité. Un repas de roi nous sera offert par ces personnes qui possèdent ce qu'ils produisent ; tout vient du jardin. Naturalité, goût et amour de la production. Nous ferons plus que de nous en contenter ! Le lait frais de vache sera la cerise sur le gâteau, accompagné d'une marmelade de calafaté, petit fruit local tout bonnement succulent. Nous passons là auprès de ces gens simples mais ô combien généreux ; sûrement l'une de nos meilleures soirées au Chili.


La barrière du langage, propice aux quiproquos, nous entrainera dans des fous-rires tard dans la soirée. Grâce au iPad de Fred, nous leur montrerons des photos de la Polynésie. Leur fille fera comprendre à ses parents combien elle aimerait y venir ! Ils sont d'accord pour nous préparer pain frais et café demain matin à 7h.
Nous regagnerons notre cabane chaude pour une nuit de sommeil étoilé. La compote, oubliée sur le feu, a débordé.  Ce n'est pas grave, elle améliorera notre petit déjeuner du matin.


La vie est belle ainsi... "Une sorte de vie à l'état pur" dira Richard.

lundi 23 janvier 2012

Route des glaciers et des lacs (22 janvier)


Message envoyé depuis Cochrane. Sans doute, pas de communication avant El Chalten en Argentine dimanche ou lundi prochains (29 ou 30). Nous vous envoyons donc ce jour les commentaires des 19, 20, 21 et 22 janvier (voir archives) depuis un charmant petit restaurant (Nirrantal) où Omar, le patron, et sa fille Daniela nous ont reçu avec cette sympathie et gentillesse propre à la majorité des chiliens. Merci à eux.
Bises à tous.
  Dimanche 22 Janvier
Ce matin en nous levant, il nous fallait prendre une décision pour regagner notre retard  sur l'itinéraire prévu.
Les nombreux cols, l'état de la piste sur certains tronçons et les travaux d'amélioration de cette  Carretera Austral nous ont fait perdre deux jours. Peut être avons nous également sous estimé l’état de cette piste dans nos prévisions.
 Nous devons pourtant impérativement être arrivés à Villa O’Higgins avant le 28 janvier pour attraper l’ultime bateau (seul moyen de passage) qui nous permettra de passer la frontière vers l'Argentine. Passé ce délai,  il ne nous sera plus possible de finaliser notre objectif ; cela nous obligerait a un repli par le passage d'un col vers l'Argentine, depuis Cochrane.
Désormais à cinq, nous décidons donc de mettre Jean Pierre à contribution ainsi que son véhicule  pour gagner rapidement le port de « Ingenirio Ibanes » dans l'espoir de trouver une place libre sur le bateau qui nous mènera  plus au sud dans la ville frontalière de Chile Chico. Pas de bateau pas de billetterie ouverte!  Seule l'entraide d'un amical couple de Chiliens (il nous accompagnera voir les carabiniers en poste sur ce petit port) nous fera comprendre qu'il existe bien un bateau mais qu'a 20 h et que nous ne pourrons sûrement pas embarquer notre véhicule sans réservation !
Changement donc d’itinéraire. Nous décidons de gagner la ville de Cochrane plus au sud par la piste serpentant autour de la chaîne des glaciers.
Finalement, cette journée sera un moment de repos sans vélo et de découvertes, sur une route de montagne surplombant le lac General Carrera. Nous restons époustouflés par tant de beautés. Des points de vue surplombent le bleu laiteux des eaux de ce lac avec en toile de fond des montagnes enneigées. Le mélange des couleurs de ces paysages nous font penser à des aquarelles.  
Au fur et a mesure que nous avançons nous réalisons que cette étape de rattrapage est chronologiquement bien positionné tant les difficultés de cette piste auraient encore creusé notre retard sur l'itinéraire prévu. Mais nous préférons voir le côté positif de cette décision  et l'opportunité qu'elle nous offre. Effectivement nous prévoyons un détour pour les jours prochains afin de visiter la Venise chilienne: Caleta Tortel, considérée comme le plus beau village du sud Chilien.
Quelques kms après Rio Tranquilo, le lac Gal Carrera se jette dans le lac Bertrand qui lui même abouti dans le Rio Baker. Sublime. 40 kms plus loin nous arrivons à Cochrane, dernière bourgade de 2500 âmes avant le "bout du bout" : la Villa O'Higgins, située à 220 kms. C'est à Cochrane que Jean Pierre nous quittera pour rejoindre El Chalten en Argentine, notre point de rencontre. Nous espérons fortement qu'il puisse cheminer à pied ou VTT (loué) à contre sens pour venir à notre rencontre afin que, lui aussi, puisse profiter de ce trek trans-frontalier.
A Cochrane, nous avons parcouru en vélo-carriole, à pied (en le poussant !), en bac ou ferry et en voiture (ce jour) : 1.350 kms de Puerto Montt et 2.400 kms de Valparaiso, la ville symbole.
Dès demain, lundi 23, nous nous enfonçons plein Sud loin de tout, avec une faible probabilité de trouver un moyen de communication. Nous conserverons dans nos carrioles notre téléphone satellitaire, au cas où.
Rendez-vous en Argentine la semaine prochaine !

Retour temporaire à la civilisation (21 janvier)


Samedi 21 janvier :

Villa Manihuales à Coyhaique

Nous quittons notre « hospitalje » vers 9h du matin. Environ 100 kms nous attendent, dont à nouveau un col avant Coyhaique. Il a plu durant la nuit ; la chaussée est humide. La circulation se fait de plus en plus dense, voir dangereuse. Nous retrouvons à nouveau ces « montées-descentes » qui nous permettent de relancer et de garder une vitesse intéressante. Depuis plusieurs jours, le compteur indique plus de 2.500 mètres de dénivelé positif. Richard est en forme ; il avait pensé un instant ne rouler que deux ou trois heures ; il fera la totalité de l’étape. Fred est toujours aussi fringuant et motivé : tout est « ENORME » autour de nous ! Son expression est désormais devenue notre leitmotiv. Il est vrai que chaque jour, nous découvrons des paysages enchanteurs de montagnes et rivières. Jean-Pierre mitraille de photos le décor et les coureurs. René se laisse aller sur son VTT, tractant sa carriole, allongé sur son prolongateur. Jean-Michel ne boude pas son plaisir ; satisfait de la joie de chacun. Seul Marc semble « ailleurs » : il part devant, sans bagages.




Nous le retrouvons au pied du col ; il a mis son VTT dans le véhicule de Jean-Pierre. Il nous annonce, à notre grande surprise, qu’il abandonne. Il n’a semble-t-il pas trouvé ce qu’il était venu chercher…





 San Sebastian, le patron des archers

La soirée que l’on pensait dédier à St Vincent, saint patron des vignerons, a été assombrie par l’annonce de ce départ et s’est transformée en soirée d’adieu. Marc nous quittera donc demain matin.

Désormais à cinq, l’aventure continue ! Notre but est indemne : rejoindre Ushuaia avec notre fil rouge  « Ritchy » en conservant un esprit de groupe.





Nous voici donc à Coyhaique dans une petite maisonnette pour la soirée. Nous avons pu faire une révision de nos vélos afin de poursuivre l'aventure dans un incroyable magasin de réparation : FIGON Bicicletas !




Demain, nous allons nous rapprocher de Cochrane afin d'attaquer ensuite la dernière "ligne droite" de cette fameuse Carretera Austral.


 

« Notre Alpes d'Huez » des antipodes (20 janvier)


Vendredi 20 janvier :
Départ du parc national de Queulat pour l'ascension du col de Piedra Del Gato et arrivée à Villa Manihuales.


Après 12 kms de faux plat montant pour s'échauffer, nous attaquons une piste roulante mais très sablonneuse et technique dans chaque courbe. Au menu, 600 mètres de dénivelé sur 5 kms et 18 virages.
Ralenties par l'épaisseur du sable, nos roues s'enfoncent et dérapent. Paysages de montagne avec de nombreuses zones ombragées et relative fraicheur permettent à Jean-Mi, toujours attelé à sa carriole (il ne la quittera pas !) et René d'effectuer une superbe ascension. Fred transporte lui aussi ses sacoches, tandis que Richard et Jean Pierre assurent la sécurité et l’assistance avec le véhicule. Les muscles donnent leur maximum. Marc s’est échappé devant, sans carriole, souhaitant tester son état de forme. 



 Au sommet du col !

Après 1 heure et demie d'ascension, 8 kms de descente vertigineuse et technique nous offrent un plaisir rare, avec notamment une rencontre inopinée avec une voiture de "carabineros" remontant en sens inverse. Ouf :  PV évité de justesse ! Jean-Pierre s’est joint à la « fête » en prenant le VTT de Richard : la descente aura duré moins d’un quart d’heure.
Le Team se regroupe à l’intersection située juste au pied du col, devant l’un des innombrables « petit Bon Dieu » (ici San Sebastian). Nouvelle destination : Coyhaique. Changement important : nous allons désormais rouler sur du macadam ou pavé permettant de doubler notre vitesse moyenne. Nous longeons désormais la rivière Simpson dans un décor champêtre. Petites montées et descentes nous grisent et permettent de belles relances. 




Vers 13h, JP nous dégotte un superbe spot au bord de l’eau ; nous allons ainsi pique-niquer (soupes pâtes, cafés), puis faire une mini sieste de 10 minutes !


C’est reparti pour encore 50 kms. Avec notre bonne moyenne, nous allons chercher à atteindre le village de Manihuales. D’un coup, en se retournant, quelle surprise : décor hollywoodien ; la fameuse montagne de Paramount est là, juste derrière nous (il s’agit en effet de l’image que la firme cinématographique utilise au début de chacun de ses films).


Le décor évolue avec des pâturages et des enclos bien entretenus (moutons, vaches, chevaux). Seule ombre au tableau : des milliers d’arbres morts ou agonisants, certainement rongés par les termites.

A l’entrée du village, nous trouvons un petit hôtel « chambres d’hôtes », rustique, tenu par une Mamie sympathique. René et Marc en profitent pour changer leurs « peneux » (spécial méridional). Jean-Michel tente vainement de trouver du wifi ou de l’internet… Richard soigne une douleur à l’épaule et Fred resserre toutes les vis de son vélo. Il faut le faire tous les jours car les vibrations dérèglent les mécaniques.
Depuis maintenant une semaine, Richard a dû affronter, certes l’effort physique d’endurance (plus de 6h par jour), mais surtout supporter ces incessantes secousses qui pourraient lui poser problème… Heureusement, sous contrôle de nos médecins, tout va bien. 



Une nouvelle journée s’achève sur une première : 120 kms parcourus ! 

Heureux comme des poissons… dans des lacs patagoniens !