Mercredi 25 janvier : Tortel - Yungay - Prairie pres d'un torrent
(Plus de 70 kms de piste et 15 de traversée de fjord)


A notre réveil, les premières lueurs de l'aube peinent à inonder le paisible village de Tortel.
Blotties au fond d'un fjord de Patagonie, les eaux lisseés aux couleurs bleues lactées reflètent les maisons multicolores et leurs passerelles d'accès.
Les embarcations sembles figées telles des maquettes posées sur un verre dépoli.
Seuls les aboiements de chien à notre passage viennent troubler par leur écho le silence de la vallée.
Dans la cuisine du lodge, le propriétaire, cheveux hirsutes et yeux gonflés de sommeil, vient gentiment réclamer son dû tandis que nous déjeunons.
Puis, chargé de notre barda, il nous faut remonter une à une les 250 marches de bois buriné pour regagner nos vélos ! Sympa comme échauffement pour appréhender les 23 kms de piste cassante pratiqués la veille .
Tandis que nous attelons nos remorques, Franscisco, la cinquantaine alerte malgré son embonpoint naissant, a bien compris notre désarroi de refaire cette "maudite" piste.
Tenancier de bistrot à Yungay, il nous décrit la difficulté de la route et son col redoutable et nous propose spontanément de nous soulager de nos bagages avec l'aide de Rafaël, le chauffeur.
Encore la gentillesse chilienne et l'esprit d'entraide du grand sud.



Et c'est avec le coeur et les vélos légers que nous attaquons les premiers méandres d'une ascension qui devait s'avérer difficile et superbe. Du grand VTT au sein de forêts encore clairsemées par les immenses incendies qui ont ravagè la Patagonie depuis 70 ans.
Nombreux sont les troncs calcifiés qui apparaissent, déchirés, démembrés, comme tordus de douleur dans le ciel azur.
De sommets encore enneigés glissent d'étroites cascades qui viennent se déverser dans les quelques lacs d'altitude que nous longeons au fil des kms.
Malgré ces cicatrices infligées par l'homme, la nature Patagonienne parait si puissante, sereine et généreuse que l'optimisme est de rigueur.





Et après 5 heures d'efforts, à l'aplomb d'un superbe glacier suspendu (le San Clemente), nous visualisons le "port" de Yungay, ou plus exactement les 3 maisons qui cernent la rampe d'embarquement.
De là, un ferry effectuera la traversée d'une heure de la Laguna San Rafaël pour amerir à Rio Bravo.
Départ du prochain bateau à 18 heures, soit 4 heures de repos dans la estancia de Francisco.
On se jette sur les empenadas maison que sa femme confectionne pour les quelques passagers. Puis séquence mécanique pour Jean michel et Fred ; et baignade pour René et Richard.
L'eau est à 18 degrés, ce qui semble beaucoup pour un lac de montagne !
Nous apprenons qu'il s' agit en fait d'un fjord de Patagonie.
La traversée fut un régal avec visite de la timonerie pour certains pendant que d'autres se renseignent sur les conditions de la piste et ses difficultés.
Il faut dire que nous avons été échaudé à de nombreuses reprises par les données fantaisistes des cartes et guides en tout genre.

Requinqués par ces quelques heures de repos forcé, nous attaquons la piste pour engranger un maximum de kms avant la nuit et pouvoir écourter la longue étape du lendemain pour atteindre Villa O'Higgins.
D'un commun accord Jean Mi et Fred roulent au taquet en éclaireur afin de trouver un bivouac pour la nuit.
En bord de torrent, au pied du premier col, une petite prairie nous offre sa quiétude.
La tente montée, le feu balbutiant, un couple de Hollandais à vélo ( lol :-) déroule paisiblement en sifflotant : René et Richard !!
Encore un campement de rêve abondé d'un excellent repas à base d'empenadas et de soupes chaudes.



Seule inquiétude, le vent qui, contrairement à d'habitude, ne tombe pas en soirée et les nuages lenticulaires fréquemment annonciateurs de mauvais temps.
Mais l'humeur est joyeuse et rien au monde ne saurait troubler cette ambiance fraternelle autour du feu sous les scintillements de la Croix du Sud bientôt rejointe par une voie lactée étincelante.
Manque la fiole de whiskey amenée par Jmi mais oubliée depuis, ce qui n'empêche pas les chants de retentir jusque tard dans la nuit.
Nous sommes joyeux, heureux de vivre une aventure hors du commun, sans notion de competition ni rivalité.
Le groupe est complémentaire et bien équilibré et rien ne nous laisse envisager que nous sommes à la veille de la pire journée de notre périple...
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